- Plus de 5 700 décès sont attribuables à la chaleur en France sur l'été 2025, et les personnes de 75 ans et plus concentrent près des trois quarts d'entre eux (Santé publique France).
- Chez le nourrisson comme chez le senior, les signes d'alerte diffèrent de ceux d'un adulte en bonne santé: confusion plutôt que fièvre franche chez l'un, somnolence et fontanelle creuse chez l'autre.
- Certains médicaments courants (diurétiques, anti-inflammatoires, certains antihypertenseurs) aggravent le risque par forte chaleur: on en parle avant de les arrêter soi-même.
Mi-août. Le thermomètre grimpe à Quéven, et pas seulement l'après-midi. Une patiente vient nous voir pour sa mère de 84 ans, un peu confuse depuis la veille, qu'elle attribuait à la fatigue du grand âge. Après quelques questions, la fatigue s'est révélée être tout autre chose.
Ce n'est pas un hasard si les enfants et les seniors reviennent chaque année dans les mêmes statistiques. Leur thermorégulation fonctionne différemment de celle d'un adulte en bonne santé, et les signes qui doivent alerter ne sont pas toujours ceux qu'on attend.
Pourquoi les enfants et les seniors sont-ils les plus exposés?
Après 65 ans, la sensation de soif s'atténue et les reins concentrent moins bien les urines: le corps ne signale plus aussi bien le besoin de boire (Ameli.fr). Chez le nourrisson, c'est presque l'inverse: les glandes sudoripares sont immatures, la surface de peau est proportionnellement plus grande par rapport au poids, et un bébé ne peut ni exprimer sa soif ni se mettre seul à l'abri. Deux fragilités opposées, un même résultat en été.
Sur la saison 2025, plus de 5 700 décès ont été attribués à une exposition à la chaleur en France, dont plus de 1 900 pendant les seuls épisodes de canicule (Santé publique France, bilan de l'été 2025). Les personnes de 75 ans et plus représentent près des trois quarts de ces décès.
À partir de quand parle-t-on vraiment de coup de chaleur?
Le coup de chaleur se définit par une température corporelle supérieure ou égale à 40°C, associée à des troubles de la conscience: perte de connaissance, convulsions, délire ou coma (Ameli.fr, Assurance Maladie). En dessous de ce seuil, avec des maux de tête, des vertiges ou des nausées mais l'esprit clair, on parle plutôt d'insolation ou de simple déshydratation, généralement réversibles avec de l'ombre et de l'eau.
Les gestes de premiers secours face à ce tableau (ombrage, compresses fraîches, réhydratation par petites gorgées) sont détaillés dans notre fiche Premiers secours été. Ici, on va plus loin sur ce qui change selon l'âge, parce que les mêmes gestes ne suffisent pas toujours.
Chez le bébé, quels signes doivent alerter?
Une température supérieure à 38,5°C sans rhume ni infection apparente, chez un bébé exposé à la chaleur, doit alerter (Ameli.fr). D'autres signes s'y ajoutent souvent: une peau très chaude et sèche, ou au contraire moite, une absence de sueur malgré la chaleur, une somnolence inhabituelle ou des pleurs faibles et geignards, un refus de boire, une fontanelle creuse chez le nourrisson, ou des couches qui restent sèches plusieurs heures.
Face à ces signes, on déshabille l'enfant, on le place au frais, on lui propose à boire s'il accepte, et on le rafraîchit au linge humide sans jamais l'immerger brutalement dans une eau froide, ce qui provoque un choc thermique. En cas de suspicion réelle de coup de chaleur chez un nourrisson, le 15 s'appelle sans délai: à cet âge, on ne prend aucun risque d'attente.
Pourquoi la vigilance doit-elle être différente chez le senior?
Chez une personne âgée, le signe qui doit inquiéter en premier n'est pas la fièvre, mais la confusion: désorientation, propos incohérents, somnolence inhabituelle, parfois installés progressivement sur un ou deux jours. C'est ce qui rend le coup de chaleur du senior plus insidieux que celui de l'adulte jeune: l'entourage l'attribue souvent, à tort, à la fatigue ou à l'âge.
Plusieurs classes de médicaments aggravent le risque en période de forte chaleur (Ameli.fr): les diurétiques et certains antihypertenseurs, qui accentuent la déshydratation, les anti-inflammatoires et l'aspirine, les neuroleptiques et les antidépresseurs, qui perturbent la thermorégulation, le lithium, dont la toxicité augmente en cas de déshydratation, et les somnifères ou anxiolytiques, qui diminuent la vigilance face aux premiers signes. Le message reste toujours le même: on n'arrête jamais un traitement de soi-même en pleine canicule, on en parle à son médecin ou à son pharmacien, surtout en cas de polymédication.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
Deux réflexes, pourtant courants, sont à éviter. Le premier: donner du paracétamol, de l'aspirine ou un anti-inflammatoire pour faire baisser la température d'un coup de chaleur. Ces médicaments sont déconseillés dans ce contexte: ils n'ont ici aucune efficacité démontrée et peuvent même aggraver les symptômes (Ameli.fr). Le second: forcer une personne confuse ou somnolente à boire, ce qui expose à une fausse route. Si la personne n'est plus pleinement consciente, on attend les secours en la mettant à l'ombre, sans lui donner à boire.
Comment la pharmacie aide-t-elle à prévenir plutôt que réagir?
Les solutés de réhydratation orale (SRO) ne servent pas qu'aux diarrhées du nourrisson: leur usage s'élargit aux personnes âgées, aux personnes polymédiquées et aux diabétiques déséquilibrés en période de canicule (HAS). La préparation reste simple: un sachet dans 200 ml d'eau du robinet peu minéralisée, sans ajout de sucre, de sirop ou de sel. Chez l'enfant, la posologie se calcule entre 50 et 100 ml par kilo selon le degré de déshydratation, administrés par petites quantités toutes les quinze minutes environ.
Ils sont déconseillés en cas d'insuffisance rénale ou d'anurie, ce qui justifie un avis avant usage chez une personne âgée fragile. En dehors des épisodes aigus, nous rappelons aussi les réflexes simples qui évitent d'en arriver là: boire régulièrement sans attendre la soif, surtout après 65 ans, et surveiller l'hydratation d'un enfant qui joue dehors sans y penser lui-même.
Quand faut-il appeler les secours sans attendre?
Appelez le 15 ou le 112 si: température corporelle supérieure ou égale à 40°C, perte de connaissance, convulsions, ou délire, quel que soit l'âge. Chez le senior, une confusion brutale ou une aggravation en quelques heures suffit à elle seule à déclencher l'appel, même sans thermomètre disponible.
Ces signaux imposent d'appeler sans délai (Ameli.fr): mieux vaut un appel qui ne débouche sur rien de grave qu'une attente qui laisse le temps à la situation de s'aggraver.
L'essentiel à retenir
| Situation | Geste immédiat | Qui consulter |
|---|---|---|
| Nourrisson, signes de surchauffe | Déshabiller, mettre au frais, linge humide sans immersion brutale, proposer à boire | Le 15 sans délai en cas de suspicion réelle |
| Senior confus ou désorienté | Ombre, ne pas forcer à boire s'il n'est pas pleinement conscient | Le 15 en cas de confusion brutale ou de perte de connaissance |
| Adulte en bonne santé | Ombrage, hydratation, retrait des vêtements (détails: fiche Premiers secours été) | Le 15 si température >40°C ou troubles de conscience |
La chaleur ne prévient pas toujours à l'avance. Chez un enfant ou une personne âgée, quelques signes suffisent à faire la différence entre un épisode qui passe seul et une urgence qui ne doit pas attendre.
Repérer ces signes tôt, c'est souvent ce qui évite l'urgence. Passez nous voir si un traitement, le vôtre ou celui d'un proche, vous inquiète pour l'été.
Votre équipe officinale
Questions fréquentes
À partir de quelle température parle-t-on vraiment de coup de chaleur?
La définition retient une température corporelle supérieure ou égale à 40°C associée à des troubles de la conscience: perte de connaissance, convulsions ou délire (Ameli.fr). En dessous, avec l'esprit clair, on parle plutôt d'insolation ou de déshydratation simple, qui se corrigent avec de l'ombre et de l'eau.
Comment savoir si mon bébé fait un coup de chaleur?
Surveillez une température au-delà de 38,5°C sans infection apparente, une peau très chaude et sèche ou au contraire moite, une somnolence inhabituelle, un refus de boire ou une fontanelle creuse. En cas de doute chez un nourrisson, appelez le 15 sans attendre.
Pourquoi les personnes âgées ne ressentent-elles plus bien la soif?
Avec l'âge, la sensation de soif s'atténue et les reins concentrent moins efficacement les urines. Le corps ne signale plus le besoin de boire aussi tôt, d'où l'intérêt de boire à heures fixes plutôt que d'attendre d'avoir soif, surtout après 65 ans.
Peut-on donner du paracétamol pour faire baisser un coup de chaleur?
Non, c'est déconseillé (Ameli.fr). Le paracétamol, l'aspirine et les anti-inflammatoires n'ont pas d'efficacité démontrée sur l'hyperthermie liée à la chaleur et peuvent même aggraver les symptômes. Le seul traitement qui fonctionne est le refroidissement.
Quels médicaments méritent une vigilance particulière en cas de canicule?
Diurétiques, certains antihypertenseurs, anti-inflammatoires, neuroleptiques, antidépresseurs et lithium figurent parmi les traitements qui aggravent le risque par forte chaleur (Ameli.fr). Ne jamais arrêter un traitement seul: en parler à son médecin ou son pharmacien.
Références
- Santé publique France, Chaleur et santé, bilan de l'été 2025: plus de 5 700 décès attribuables à la chaleur, dont plus de 1 900 pendant les épisodes de canicule
- Santé publique France, Chaleur et santé, bilan de l'été 2024: plus de 3 700 décès attribuables sur la saison, personnes de 75 ans et plus majoritaires
- Ameli.fr / Assurance Maladie, Canicule et soins urgents: épuisement, déshydratation et coup de chaleur, définition, seuil de 40°C, médicaments déconseillés
- Ameli.fr / Assurance Maladie, prévenir les risques médicamenteux en cas de fortes chaleurs
- Ameli.fr / Assurance Maladie, conseils pour protéger les plus jeunes en période de fortes chaleurs
- Haute Autorité de Santé (HAS), solutés de réhydratation orale: indications, posologie, contre-indications
- VIDAL, coup de chaleur et déshydratation: conduite à tenir
- MSD Manuals, édition professionnelle, déshydratation et réhydratation chez l'enfant: signes cliniques (fontanelle, pli cutané)