Pourquoi continuer à se vacciner après 18 ans ?

Imaginez votre immunité comme une équipe de gardiens qui protègent votre corps. Quand vous êtes vacciné enfant, ces gardiens apprennent à reconnaître certains ennemis — les virus et bactéries. Le problème ? Avec le temps, ils oublient un peu à quoi ressemblent ces intrus. Les rappels vaccinaux servent justement à leur rafraîchir la mémoire.

Ce n'est pas une question d'âge ou de forme physique. Même les personnes en excellente santé ont besoin de ces rappels. Au comptoir, nous voyons régulièrement des patients sportifs, actifs, qui pensent être à l'abri. Or le tétanos, par exemple, ne fait pas de distinction : une simple égratignure en jardinant peut suffire si la protection n'est plus efficace.

L'effet domino : quand une personne vaccinée en protège dix

Voici un calcul qui surprend souvent. Prenons une maladie contagieuse où chaque personne malade en contamine deux autres, avec une semaine entre chaque transmission.

Sans vaccination dans la population :

Total après un mois : 31 personnes touchées à partir d'un seul cas.

Maintenant, avec seulement la moitié de la population vaccinée ? On passe à 10 cas. C'est une réduction de 84%. Chaque personne vaccinée qui ne transmet plus la maladie brise une chaîne entière de contamination. En vous protégeant, vous protégez aussi vos proches, vos collègues, et même des personnes que vous ne connaissez pas.

C'est ce qu'on appelle l'immunité collective, et c'est un concept plutôt rassurant quand on y pense.

Le calendrier vaccinal adulte : les rendez-vous à ne pas manquer

Bonne nouvelle : contrairement à ce qu'on pourrait croire, le calendrier vaccinal adulte est assez simple. Il y a quelques dates clés à retenir, un peu comme les contrôles techniques de votre voiture. Et comme pour la voiture, mieux vaut ne pas attendre la panne pour s'en occuper.

À 25 ans : le premier grand rappel

C'est le premier rendez-vous vaccinal de l'âge adulte. À cet âge, on fait un rappel de quatre valences en une seule injection :

Pourquoi la coqueluche ? Parce qu'elle circule toujours activement, et qu'elle peut être particulièrement dangereuse pour les nourrissons qui ne sont pas encore protégés. Un adulte peut avoir la coqueluche sans le savoir — juste une toux persistante — et la transmettre à un bébé pour qui elle peut être grave.

Les vaccins utilisés sont le Boostrixtetra® ou le Repevax®. Une petite précision technique : les lettres minuscules (dTcaP) signifient des doses réduites adaptées aux adultes, contrairement aux doses pédiatriques.

À 45 ans : on remet ça

Vingt ans plus tard, même principe. Ce deuxième rappel décennal maintient votre protection contre les quatre mêmes maladies. Si vous avez 45 ans et que vous ne savez plus où en est votre carnet de vaccination, c'est le moment idéal pour faire le point.

💡 Bon à savoir : Vous pouvez nous apporter votre carnet de santé ou carnet de vaccination. On prend le temps de regarder ensemble où vous en êtes et ce qui manque éventuellement.

À 65 ans : un tournant important

À partir de 65 ans, le rythme change. Le système immunitaire devient naturellement moins réactif — c'est ce qu'on appelle l'immunosénescence. Rien d'alarmant, c'est simplement la raison pour laquelle les rappels deviennent plus fréquents : tous les 10 ans au lieu de 20.

Donc après 65 ans : rappel à 75 ans, puis 85 ans, puis 95 ans pour les plus vaillants.

Mais ce n'est pas tout. À partir de 65 ans, d'autres vaccinations deviennent recommandées :

La grippe saisonnière — Une dose chaque automne. Le virus de la grippe mute constamment, d'où la nécessité d'un nouveau vaccin chaque année. Les personnes de plus de 65 ans reçoivent automatiquement un bon de prise en charge de l'Assurance Maladie.

Le zona — Deux doses espacées de deux mois. Le zona, c'est la réactivation du virus de la varicelle qui sommeillait dans votre corps depuis l'enfance. Après 65 ans, le risque augmente, et les douleurs peuvent être vraiment invalidantes. Le vaccin Shingrix® réduit significativement ce risque.

Le Covid-19 — Une dose annuelle recommandée, qui passe à deux doses par an après 80 ans.

Le VRS (virus respiratoire syncytial) — À partir de 75 ans, ce vaccin protège contre un virus responsable de bronchiolites sévères chez les personnes âgées.

La vaccination HPV : protéger nos ados avant qu'il ne soit trop tard

Changement de sujet, mais tout aussi important. Depuis 2021, la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) est recommandée pour tous les jeunes de 11 à 14 ans — filles ET garçons.

Pourquoi vacciner si tôt ?

Le HPV est un virus très courant, transmis lors des rapports sexuels. La grande majorité des personnes sexuellement actives y seront exposées au cours de leur vie. Dans la plupart des cas, le corps élimine le virus tout seul. Mais parfois, l'infection persiste et peut provoquer des lésions qui évoluent vers des cancers : col de l'utérus, gorge, anus, pénis.

L'idée de la vaccination précoce, c'est d'immuniser avant tout contact avec le virus. C'est pourquoi on vaccine entre 11 et 14 ans, bien avant le début de la vie sexuelle. À cet âge, le schéma est simple : deux doses espacées de 6 à 13 mois.

Et pour les garçons ?

C'est une question qu'on nous pose souvent. Oui, les garçons aussi. D'abord parce qu'ils peuvent développer des cancers liés au HPV. Ensuite parce qu'en les vaccinant, on réduit la circulation du virus et on protège indirectement leurs futurs partenaires.

Depuis la rentrée 2023, une campagne de vaccination est organisée dans les collèges pour les élèves de 5ème. C'est gratuit et ça simplifie les choses pour beaucoup de familles.

💡 Bon à savoir : Un rattrapage est possible entre 15 et 19 ans, mais le schéma passe alors à trois doses. Mieux vaut donc ne pas trop attendre.

Vaccination et grossesse : ce qu'il faut savoir

La grossesse est une période où la vaccination mérite une attention particulière. Certains vaccins sont recommandés, d'autres sont contre-indiqués. Voici ce que j'explique aux futures mamans qui viennent nous voir.

Ce qui est recommandé pendant la grossesse

La coqueluche — C'est LA vaccination importante pour les femmes enceintes. Elle se fait idéalement entre la 20ème et la 36ème semaine de grossesse (deuxième trimestre). L'objectif ? Transmettre des anticorps au bébé avant sa naissance pour le protéger pendant ses premiers mois de vie, avant qu'il ne puisse être vacciné lui-même.

La grippe — Recommandée quel que soit le trimestre. Les femmes enceintes font partie des personnes à risque de complications grippales.

Le Covid-19 — Également recommandé pendant la grossesse.

Ce qui est contre-indiqué

Les vaccins vivants atténués sont strictement contre-indiqués pendant toute la grossesse ET pendant le mois précédant la conception. Le principal concerné : le ROR (rougeole-oreillons-rubéole).

Si vous n'êtes pas à jour de votre ROR et que vous envisagez une grossesse, c'est le moment de faire le point. On peut vérifier ensemble et organiser un rattrapage avant la conception. Si la grossesse est déjà en cours, le rattrapage se fera après l'accouchement.

Et pendant l'allaitement ?

Bonne nouvelle : l'allaitement ne constitue pas une contre-indication à la vaccination, à une seule exception — le vaccin contre la fièvre jaune. Tous les autres vaccins (diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite A et B, grippe, etc.) sont compatibles avec l'allaitement.

Le cocooning : vacciner l'entourage pour protéger les plus fragiles

Certaines personnes ne peuvent pas être vaccinées ou répondent moins bien aux vaccins : les nouveau-nés, les personnes immunodéprimées, les patients sous traitement lourd. Pour les protéger, on vaccine leur entourage. C'est la stratégie du cocooning.

L'idée est simple : si les personnes autour du patient fragile ne reçoivent pas le virus, elles ne peuvent pas le lui transmettre. On crée une bulle de protection.

C'est particulièrement important pour la coqueluche autour des nourrissons. Les parents, les grands-parents, la nounou — tous les adultes en contact régulier avec le bébé devraient vérifier qu'ils sont à jour.

💡 Bon à savoir : Si vous attendez un heureux événement dans la famille, n'hésitez pas à passer nous voir. On peut faire le point sur les vaccinations de tout l'entourage.

Démystifions quelques idées reçues

Au comptoir, on entend régulièrement des inquiétudes ou des idées fausses sur la vaccination. Prenons le temps d'y répondre.

"Je suis allergique, je ne peux pas me faire vacciner"

C'est l'une des idées reçues les plus tenaces. En réalité, une allergie à un produit quelconque — aliment, médicament, pollen — ne contre-indique absolument pas la vaccination.

La seule vraie contre-indication, c'est une allergie grave documentée à un vaccin spécifique ou à l'un de ses composants. Et même dans ce cas, seul ce vaccin-là est contre-indiqué, pas tous les autres.

On se met souvent des barrières là où il n'y en a pas. Si vous avez des allergies et des doutes, parlons-en. Dans la grande majorité des cas, la vaccination reste tout à fait possible.

"Je suis en pleine forme, je n'ai pas besoin de vaccins"

Être en bonne santé ne protège pas contre les maladies infectieuses. Le tétanos ne vérifie pas votre niveau de forme physique avant de vous infecter. Et même si vous traversez une grippe sans trop de difficultés, vous pouvez la transmettre à quelqu'un de plus fragile.

La vaccination, c'est une protection individuelle ET collective.

"Les vaccins ont des effets secondaires dangereux chez les personnes âgées"

Les effets secondaires des vaccins sont généralement bénins et transitoires : douleur au point d'injection, légère fatigue, parfois un peu de fièvre. Ces réactions sont le signe que le système immunitaire fait son travail.

Les effets secondaires graves sont extrêmement rares et sans commune mesure avec les risques des maladies elles-mêmes. Une grippe chez une personne de 70 ans peut entraîner une hospitalisation. Le vaccin contre la grippe, non.

"Le vaccin contre la coqueluche existe en version seule"

Non, et c'est une question qu'on nous pose parfois. Le vaccin contre la coqueluche n'existe pas en monovalent. Il est toujours combiné avec la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. C'est pourquoi on parle de vaccin tétravalent (dTcaP).

Ce n'est pas un problème : ces quatre rappels sont de toute façon recommandés aux mêmes âges.

Les vaccinations selon votre situation

Au-delà du calendrier général, certaines vaccinations dépendent de votre situation personnelle.

Selon votre profession

Certains métiers impliquent des recommandations vaccinales spécifiques. Les soignants bien sûr, mais aussi les professionnels de la petite enfance, les éboueurs, les cuisiniers, et même les tatoueurs. Si vous exercez un métier avec des expositions particulières, on peut vérifier ensemble ce qui est recommandé pour vous.

Selon vos voyages

Un voyage au Brésil ou en Asie du Sud-Est ne nécessite pas les mêmes précautions qu'un séjour en Espagne. La fièvre jaune, par exemple, est transmise par les moustiques dans certaines zones tropicales. L'hépatite A concerne les destinations où l'hygiène alimentaire est incertaine.

L'évaluation dépend de votre destination, des conditions de séjour (hôtel en ville ou trek en forêt), de la durée, et de votre profil personnel. Si vous préparez un voyage, pensez à nous en parler plusieurs semaines avant le départ.

Selon votre état de santé

Les personnes atteintes de certaines maladies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque ou respiratoire, immunodépression) ont des recommandations renforcées, notamment pour le pneumocoque. Ces situations nécessitent souvent une coordination avec votre médecin traitant.

Questions fréquentes sur la vaccination adulte

Je ne retrouve plus mon carnet de vaccination, comment savoir où j'en suis ?
Pas de panique, c'est très courant. Passez nous voir avec les documents que vous avez (anciens carnets, résultats de sérologies). On peut reconstituer une partie de votre historique et déterminer les rattrapages éventuellement nécessaires. Dans le doute, refaire un vaccin n'est pas dangereux.
Peut-on faire plusieurs vaccins en même temps ?
Oui, tout à fait. Le système immunitaire est capable de répondre à plusieurs antigènes simultanément. C'est d'ailleurs ce qu'il fait au quotidien face aux multiples microbes qu'il rencontre. Faire plusieurs vaccins le même jour est sûr et permet de simplifier le parcours vaccinal.
Les vaccins sont-ils remboursés ?
La plupart des vaccins du calendrier vaccinal sont pris en charge à 65% par l'Assurance Maladie, le reste pouvant être couvert par votre mutuelle. Certains vaccins sont intégralement remboursés pour les populations ciblées (grippe pour les plus de 65 ans, par exemple). N'hésitez pas à nous demander pour votre situation.
Puis-je me faire vacciner directement à la pharmacie ?
Oui, les pharmaciens sont habilités à administrer de nombreux vaccins. C'est pratique, sans rendez-vous dans certains cas, et ça évite de mobiliser votre médecin pour un acte simple. On peut vacciner contre la grippe, le Covid, et bien d'autres vaccins du calendrier. N'hésitez pas à nous contacter pour savoir ce que nous proposons.
J'ai eu le Covid, dois-je quand même me faire vacciner ?
Oui, l'infection naturelle ne confère pas une protection aussi durable et complète que la vaccination. Les recommandations actuelles prévoient une vaccination même pour les personnes ayant été infectées.

Des questions sur votre calendrier vaccinal ?

Si vous avez des doutes ou des questions, on est là pour en discuter sans jugement. Chaque situation est différente, et notre rôle c'est justement de vous accompagner avec des conseils adaptés à votre vie.

Passez nous voir

L'essentiel à retenir

La vaccination, c'est finalement assez simple quand on connaît les quelques rendez-vous clés :

Et si vous avez des doutes ou des questions, n'hésitez pas. On prend le temps.

Prenez soin de vous !

Votre équipe officinale